Apothicaire

Située à deux pas du fleuve, l’échoppe de l’apothicaire se trouve dans le quartier Est de la vieille cité d’Uthmere. Cloué au linteau de l’entrée, c’est un simple écriteau usé par le temps figurant une poignée de plantes écrasées sous un pilon qui signale cette boutique au passant.

En pénétrant à l’intérieur, l’odeur profonde des épices exotiques et autres préparations font oublier au visiteur le tintement de la petite clochette fixée à la porte. La sensation d’exigüité que ce dernier ressent immédiatement n’est pas qu’une simple impression vu que l’espace alloué au client est véritablement réduit. En fait, il est tellement petit qu’il y a peu de chances qu’il s’agace du grincement systématique des lattes du plancher.

S’il se sent à l’étroit, c’est que le comptoir tout proche interdit le passage à la foultitude d’étagères et de tiroirs où s’entassent paniers d’osier, pots de terre et boîtes de bois. On les imagine sans peine renfermer des organes desséchés, des champignons difformes, des décoctions amères, des cataplasmes puants, des onguents gras à souhait et des poudres à priser dont la composition exacte ne se murmure qu’entre initiés.

Il s’écoule toujours au moins une minute avant qu’une forme barbue n’apparaisse entre les rayonnages et ne se dirige à pas lents vers son hôte, donnant immanquablement l’impression qu’on vient de la déranger dans une activité quelconque.

Cette forme, c’est immanquablement le propriétaire de l’endroit, un petit homme chenu aux traits inhabituels avec ses yeux en amande et sa peau au teint mat. Vêtu d’une sorte de bure de moine bien rêche serrée autour de sa taille avec une corde et de sandales de paille, Maître Yi ne paye pas de mine même si en ville chacun sait que la concurrence fait pâle figure devant ses stocks et son savoir-faire issus tous deux d’un savant mélange entre Orient et Occident.

Discret et peu bavard, il parle avec un accent à couper au couteau et une syntaxe bizarrement inversée ce qui ne l’empêche cependant pas de commercer avec les navires et les caravanes les plus exotiques.

Vendant uniquement des produits finis importés tels quels ou conçus par ses soins et comptant les plus aisés citadins parmi sa clientèle, on pourrait s’étonner de voir de temps à autres à l’heure de la fermeture, un homme bien connu des quartiers pauvres lui acheter des produits bruts. Mais cela n’est probablement qu’une rumeur mensongère…

Le fils de Yi, Wukong , était dans les sacoches du vieil artisan entre les flacons et autres coffres inviolés quand il arriva il y a plusieurs dizaines d’années déjà. Le jeune Wukong est devenu médecin après avoir ingurgité Traité d’Oronass, Corpus de Phiracotep, et autres Annales d’Aligen pendant son enfance. Il est généralement employé à titre privé notamment lors des tournois, plus rarement par les autorités.

Apothicaire

Hecatonchire YannLiguane